Problem

La Fistule Obstétricale et ses conséquences sociales et psychologiques La fistule obstétricale (FO) est une complication post-accouchement qui touche aujourd’hui entre 2 et 3 de millions de femmes dans le mondeet qui est particulièrement présente en Afrique Sub-saharienne (OMS ; 2013). La fistule obstétricale survient généralement après un accouchement prolongé et non assisté par un personnel de santé qualifié. En effet, la dystocie engendre une pression continue de la tête du bébé qui provoque une déchirure des tissus laissant place à une communication anormale entre la vessie et le vagin (appelée fistule vésico-vaginale), ainsi que dans certains cas une communication anormale entre le vagin et le rectum ou les deux. Cette complication post-accouchement touche principalement des jeunes femmesdont le pelvis n’est pas entièrement développé, mais elle n’est pas limitée dans l’âgeetpeut survenir lors du premier ou du dernier accouchement. La situation de mortalité maternelle au Bénin est particulièrement préoccupante, avec un taux de mortalité maternelle de 350 pour 100,000 naissances vivantes et 1,200 décès maternels par an ce qui signifie un taux élevé de fistule obstétricale -pour chaque femme mourant pendant l’accouchement, 20 autres femmes souffrent de complications post-partum comme la fistule obstétricale. La fistule obstétricale conduit à la fois à une souffrance physique, provoquée par l’incontinence mais aussi une souffrance morale et psychologique du fait de la marginalisation sociale que vivent les femmes qui présentent cette infirmité. Souvent, les femmes qui souffrent de fistules obstétricales se retrouvent ainsi seules, et sans revenus. Outre l’isolement psychologique et affectif, elles sont aussi plus vulnérables aux problèmes de santé, aux abus et aux violences. La fistule peut également déboucher sur des problèmes médicaux chroniques, tels que les ulcérations, la maladie des reins et la lésion nerveuse dans les jambes. Au-delà de la souffrance physique, ces femmes subissent également les impacts psychosociaux de leur condition tragique : stigmatisées et marginalisées par leur communauté qui associe le plus souvent leur condition à des causes surnaturelles, et souvent rejetées par leur entourage, y compris leur partenaire, elles sont condamnées à une vie de honte et de solitude. Ainsi, sur le plan physique, les femmes non soignées sont incontinentes, et se voient obligées de vivre avec les contraintes que cela implique. Alors qu’elle a été éradiquée du monde occidental, cette affection tragique qu’il est possible de prévenir et de soigner mais dont on parle pourtant trop peu, continue de faire souffrir des femmes dans les pays en développement : ces victimes « invisibles » sont des femmes jeunes, pauvres, illettrées, vivant dans des zones très rurales, loin de tout service médical et ignorant le plus souvent l’existence d’un traitement. D’autre part le traitement de la fistule n’est pas suffisant pour soigner les femmes car se pose aussi des problèmes de réinsertion sociale et économique basée sur des aprioris sur la fistule. En effet, et comme le rappelle l’OMS (2006), même après une opération réparatrice, les femmes ayant été atteintes par la fistule obstétricale «rencontrent des problèmes de réinsertion dans leur communauté qui les évite ou les considère comme sales ou maudites. Rarement capables d’avoir des revenus, elles seront dans une misère économique dramatique ». Contrairement à ce que pensent beaucoup de victimes de la fistule, la fistule obstétricale est une infirmité qui se répare. Cela peut se faire soit grâce à une intervention chirurgicale ou soit par un traitement précoce avec l’utilisation d’un cathéter. Celui-ci doit être posé dans les jours suivants le début des symptômes de la fistule pour augmenter de manière considérable la guérison des tissus. Dans un contexte où peu de femmes ont accès à un traitement chirurgical, le cathéter se présente comme une solution indispensable pour alléger la souffrance des femmes dans l’attente d’une opération chirurgicale. D’autre part le cathéter peut être posé par une sage-femme, sans la nécessité de la présence d’un médecin ou chirurgien. C’est pourquoi, au même titre que les chirurgiens et médecins, les sages-femmes doivent jouer un rôle fondamental dans la prévention et le traitement des fistules obstétricales. En effet, elles sont présentes dès le début des symptômes après l’accouchement et pendant l’accompagnement des patientes. De plus leur rôle indispensable tient aussi du fait qu’elles sont souvent plus présentes que les médecins dans les zones reculées. Par conséquent, leur intervention au stade précoce du traitement est cruciale dans la réduction des cas de fistules obstétricales. En effet, pour beaucoup de femmes, le cathéter pourrait être leur seule chance d'éviter la misère de la vie avec une fistule obstétricale: la grande majorité des femmes atteintes d'une fistule ont une probabilité beaucoup plus élevée d'être en contact avec une sage-femme que de voir un chirurgien de la fistule, ce qui peut ne jamais se produire. Le traitement des fistule vésico-vaginales (VFF) peut rapidement et avec succès permettre de réduire le risque d’isolement des femmes qui peuvent subir les conséquences sociales et économiques négatives de la fistule pendant des années, et même décennies, comme c'est souvent le cas aujourd'hui .

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